L’Etat fabrique les inégalités. Les problèmes jamais résolus reviennent.

30 novembre 2002

 

L’actualité du mois (transport, agriculteur, marée noire, retraite) est à peu de choses près celle des autres années à la même époque.
Elle nous rappelle que les principes de management sont valables pour n’importe quel employeur appartenant au secteur public ou privé.
L’actualité vient souligner que l’Etat employeur a fabriqué, pour ses sociétés et ses administrations, en 55 ans un droit comptable et juridique qui lui est particulier, et a introduit des inégalités, avec le secteur privé, qui déchirent maintenant la France en deux.
Ces principes de management sont fondés sur le souci d’équité, sur la vitesse de décision et sur des modalités d’application qui ont parfois pour objectif de déconcerter.
Le rapport d’information N° 2423, déposé à l’Assemblée Nationale le 25 mai 2000 et présenté par Monsieur Gaëtan Gorce, décrit fort bien ces inégalités en les rassemblant sous le vocable « dumping social ».
Les exemples ci dessous sont donc bien connus mais l’Etat employeur ne les incorpore pas dans un programme d’actions destiné à ses managers.
Voyons comment l’actualité va illustrer nos principes de management.
1° Principe : Motiver son personnel en évitant l’injustice (dans le salaire, dans les avantages, dans la délégation de pouvoir etc.) et, par suite, les inégalités de situation dans le traitement des problèmes.
11 Les transporteurs sont en grève :
Contrairement à ce que voulaient nous faire croire les medias toujours désireux de souffler sur le feu , le problème du transport français ne réside pas dans le treizième mois : 50% des entreprises françaises l’ont déjà accordé avec la participation. Il n’est pas non plus dans les longs trajets : 15% du trafic est international
et 75% du trafic s’effectue en zone courte de moins de 150km.
Le problème du transport réside, ailleurs, dans l’inégalité qui rend la concurrence française impossible.
Deux exemples d’inégalité organisée par l’imprévoyance de nos dirigeants:
a- Willy Betz est un transporteur munichois. Il a créé une agence d’emploi intérim à Sofia qui embauche des chauffeurs bulgares avec des contrats de législation bulgare qui viennent ensuite conduire des camions affrétés par la filiale Somat de Willy Betz, sans limitation d’horaires.
b- Les Espagnols ont une fois pour toutes expliqué à Bruxelles que,seuls, des artisans, non salariés, effectuaient chez eux le transport routier. Madame Loyola de Palacio (soeur du premier ministre) s’est donc précipitée à Bruxelles pour obtenir, jusqu’en 2009, le maintien d’un horaire de 200 h par mois pour des artisans qui travaillent presque exclusivement pour un seul client employeur.
12 Les agriculteurs manifestent auprès des centrales d’achat.
Il est vrai que le prix de vente au consommateur est près de dix fois le prix accordé à l’agriculteur et que les pratiques de ristourne ou de service sur gondoles sont à prohiber puisqu’elles ne sont pas toujours incluses dans le contrat négocié. Mais les paysans sont beaucoup plus désemparés par l’injustice et l’inégalité face à la concurrence.
a- Les viticulteurs français doivent respecter des règles de fabrication qu’un australien ignore totalement.
L’inégalité surgit quand le gouvernement français laisse vendre ce liquide sur les étalages du consommateur.
Je ne parle pas de la chaptalisation qui est autorisée dans la plupart des départements sauf dans les Pyrénées Orientales si bien que le viticulteur du Roussillon n’est même pas à égalité de concurrence avec ses collègues français.

b- Les agriculteurs du Roussillon vendent de très belles pêches. L’Europe a classé les pêches par catégorie et attribué à chacune d’entre elles un diamètre précis. Si les catégories espagnoles et françaises sont bien les mêmes, l’inégalité subsiste car le diamètre espagnol spécifié pour chacune d’entre elles est plus petit que le diamètre français.
13 Les entreprise publiques manifestent pour le maintien de leur statut et de leur régime de retraite.
En fait cette situation ne devrait pas exister si l’Etat se comportait toujours comme il l’exige des employeurs privés.
L’inégalité commence par la défense des salariés qui est assuré par les conseils prud’hommaux dans le secteur privé et par le tribunal administratif dans le secteur public.

Elle se poursuit dans le régime des retraites qui n’exige pas ni les mêmes années de travail ni les mêmes taux de cotisation, qui comble son déficit en faisant appel aux caisses du secteur privé et qui autorise même dans le secteur public la capitalisation refusée par les syndicats au secteur privé.
Il s’agit de la fameuse Prefon, 12, rue de Courcelles, Paris 8, 01 44 13 64 13 (une banque privé la gérerait d’ailleurs mieux) qui permet à un fonctionnaire (qu’il l’ait été 6 mois ou plus n’importe pas) de placer chaque année (ou longtemps après) de l’argent exempté alors d’impôt sur le revenu .
L’inégalité se consolide enfin dans les horaires de travail aussi différents qu’il y a eu, dans le passé, de négociations dans le secteur public (police, monde hospitalier, banque de France etc.).
2° Principe : Réfléchir aux conséquences à long terme des décisions (la prise au piège).
a- La décision d’aller porter la guerre en Irak , sans imposer au préalable les conditions d’une paix durable entre les peuples Israeliens et Palestiniens, peut avoir des conséquences désastreuses pour les occidentaux (la mise à plat de leur économie mise à part). Elle va pousser Ben Laden à terroriser Israel et à mener, par la contrainte, les occidentaux à établir les bases de cette fameuse paix. Elle aura pour conséquence de faire passer Ben Laden aux yeux de la majorité des peuples musulmans comme le Robin des Bois mondial et de justifier davantage ses actes de terrorisme (le piège).
b- En ce qui concerne le règlement des conflits passés du secteur public, il apparaît que les managers ont proposé souvent des aménagements d’horaires ou des primes en tout genre pour apaiser les conflits (jours de récupération, primes de pénibilité, de danger, de charbon pour les conducteurs de locomotives à vapeur,
toujours en vigueur). Si bien qu’au bout de 55 ans, tous les managers rencontrent des situations sociales impossibles à dénouer.
3° Principe: Apporter des solutions immédiatement applicables. Déplacer ainsi le champ de la discussion ou du conflit pour éviter la cristallisation et le blocage des positions.
Dans l’exécution, il est recommandé de lancer le bouchon à la limite de l’admissible et de donner carte blanche aux responsables après leur avoir défini le cadre de leur action.
Pour le vin, la solution est par exemple d’imposer au négociant de « vin » australien que la vente soit faite à des comptoirs distincts des comptoirs de vins européens et sous l’appellation « boisson contenant en partie du jus de raisins traité chimiquement jusqu’à la dernière minute, additionné de tanins chimiques artificiels, d’antioxydants et mélangé à de l’alcool dénaturé ». Les intéressés tempêteront et menaceront d’aller à
Bruxelles. Il y aura en retour une obligation de faire machine arrière (à cause de l’OMC) mais, en attendant, les esprits auront évolué en faveur du vin européen.
Pour les pêches (le fruit), la solution consiste à s’aligner sur les spécifications étrangères a minima et à créer une catégorie d’excellence pour mettre en valeur les pêches des agriculteurs français. Il faut se garder d’organiser (comme cela m’a été dit au Ministère de l’Agriculture) un groupe de réflexion franco espagnol car, avant qu’il n’ait remis ses conclusions(?!), les agriculteurs du Roussillon auront mis la clef sous la porte et les consommateurs français mangeront des pêches plus petites et aussi dures que les avocats provenant d’Israel.
4° Principe : De manière générale, toujours prendre des décisions qui respectent à terme l’égalité. Les intéressés sauront gré au manager du secteur privé ou public de reconnaître l’injustice.
Pour le transport, la décision consiste à demander la réciprocité aux espagnols en s’installant dans leur pays.
Certains l’ont demandé en ordre dispersé et le gouvernement espagnol a instauré une règle frein qui exige de la société nouvellement implantée qu’elle réalise 50% de son trafic en Espagne. Ce qui prouve que les étrangers savent, eux aussi, lancer le bouchon.
En conclusion, Si l’on suit l’article 6 de la déclaration des droits de l’homme, de 1789, (supprimé dans l’édition de 1948 !).
l’Etat employeur, au nom de l’égalité des droits, doit dans les entreprises publiques appliquer les règles qu’il édicte pour le secteur privé. Cela va de la législation du travail (représentativité syndicale, tribunal des prud’hommes) au régime des retraites et à la durée du travail en passant par l’inventaire de ses possessions et une comptabilité analytique et bilantielle de ses centres d’activité (de profit aimerait-on dire).
En outre vis a vis des autorités suprêmes, l’Etat devrait dans ses rapports avec l’étranger apprendre à lancer loin le bouchon, en exigeant des conditions légales qu’il sait irréalisables. Ceci n’est pas nouveau pour les acheteurs des marchés publics qui organisent ainsi leur appel à candidature pour éliminer les fournisseurs jugés indésirables.

Pour le transport, à titre d’exemple, la décision légale mais irréalisable consisterait à imposer aux bulgares
une expérience de plus de 15 ans de conduite en France (à moins qu’ils ne soient embauchés sous la législation européenne).